mardi 28 octobre 2014

"La Nuit au Chenil" - extrait 2





William James avait écrit que les penseurs se divisaient en deux catégories, non pas en fonction de ce qu’ils tenaient pour absolument vrai du point de vue de la science, mais en fonction de leur tempérament, et de lui seul. Un individu qui par naissance avait son regard tourné vers les concepts abstraits de justice et de vérité tendrait à devenir un philosophe idéaliste, là où un homme ne croyant pas au ciel et à sa vérité dernière se sentirait davantage à son aise dans les bottes de l’empiriste. Me concernant, il était intéressant de constater le glissement qui s’était opéré entre la période lointaine de ma première jeunesse et le présent. Si j’avais autrefois été épris du ciel, j’étais désormais d’un matérialisme définitif, et je ne percevais pas l’humanité différemment d’une termitière. Il m’était cependant impossible de dire si cette volte-face de mon tempérament était la cause de ma dépression ou bien une de ses conséquences. Mais quels que fussent les positionnements que ma pensée prenait dans le déroulement de ma maladie, il n’en restait pas moins que cette heure était celle de la forêt, de ses ombres agitées par les balbutiements de la lune dans son chasuble de fantôme. Ici enfin j’étais complètement étranger, nu et stupide, et en dépit de mon corps se battant sous la couverture pour n’être pas dévoré par les insectes, j’éprouvais enfin un certain confort de l’esprit : dans la nuit de la forêt, c’était bien la pensée qui n’existait plus.


D’autres étaient morts avant moi dans ce sud, le long des chemins de halage, dans d’autres bois, le cœur défaillant près d’une fermette en ruines, et j’allais devenir ces autres, parce qu’il était extrêmement clair que rien ni personne ne pourrait se souvenir de moi après ma mort autrement que comme un être pâle, sans affection ni sociabilité particulières. Combien de fois avais-je observé que les dispositions intellectuelles n’avaient rien à voir avec la postérité ? Les imbéciles du collège avaient pu atteindre des carrières honorables ; et même au-delà, c’était toute la caste des individus médiocrement dotés en esprit qui menait une existence autrement plus significative que la mienne, à la tête de clubs de football locaux, dans le giron d’entreprises pérennes, ou encore en famille, avec cette dignité gauche que les photos qu’ils postaient sur les réseaux sociaux laissaient transparaître. Je les haïssais. Le devais-je ? Après tout, j’aurais pu docilement suivre la voie du bonheur, comme eux, et arrêter de me rouler dans l’indignité à chaque occasion. Clarice voulait m’offrir cela ; elle me le proposait même avec insistance tous les jours mais je ne répondais pas. « Tu verras, avec un fils à élever, tu oublieras pour de bon tes idées pénibles.» Je poussais la porte de la cuisine et sortais fumer dans le jardin.



jeudi 16 octobre 2014

Dernières parutions






On fait un petit point sur cette rentrée foisonnante.

Tout d'abord, la Disparition, thriller photographique en 3 actes, est paru chez La Matière Noire. Je co-signe le troisième acte avec le photographe Rith Banney, avec qui j'avais déjà travaillé dans Somewhere/someone/something. Je n'ai pas l'habitude de travailler en binôme, et pourtant l'expérience a été hautement intéressante. J'espère que vous apprécierez le résultat.

Ensuite, je tiens à signaler que la revue Métèque n°1 est toujours (plus que jamais !) disponible pour 17 euros sur le site de la rédaction. S'y retrouveront autant les amoureux de la belle ouvrage (la revue est superbe) que ceux qui apprécient quand la littérature tape au ventre. J'y publie deux poèmes, "Bons Procédés" et "Camping-car forêt acide". 

Enfin, si vous avez visité un peu le site des éditions La Matière Noire, il ne vous a pas échappé que des surprises se profilent sur un horizon proche. On en reparlera le moment venu. 

 Stay tuned, fellows !




mardi 14 octobre 2014

La Matière Noire opère sa mue



Cela fait maintenant un an que Décoller les Poumons est sorti aux éditions La Matière Noire. Je suis très fier du travail accompli par Victorien Duval sur mon livre, très fier aussi de faire partie d'une équipe qui compte nombre de talents insoupçonnés - et dont le catalogue s'étoffe de jour en jour. 

Il se trouve que cet anniversaire se double d'un événement : la Matière Noire s'est attelée à la refonte complète de son site.  
Amis lecteurs, nous vous attendons nombreux sur le nouveau site !
Amis libraires, une page vous est dédiée à cet endroit.