mercredi 30 avril 2014

Jehan



t'es pas là 
et les démons rôdent
t'étais 
pas là
près du cercueil

tu appelles mon nom
qui suinte
tu appelais
le monde
orgueil

la nuit a baisé 
ta combine
elle lui a filé
deux trois
cachets

deux trois
crachats
pour quitter
l'usine

deux trois
bières
pour être
au taquet

t'es pas là 
quand le jour s'enlise
quand il donne
des
uppercuts

quand il
appelle
le monde
église

quand il
vénère le mec
qui place 
deux ou trois buts

t'es pas là
pour toute la merde
le Pacifique
et le néant

t'es pas là
pour la fin
des terres
sur tes épaules
de géant





mercredi 23 avril 2014

Une famille nucléaire



quand les centrales péteront
je te mettrai dans la bagnole
avec le chien et une canette
de Grafenwalder pour l'espace
entre le siège et le frein à main

on regardera les rapaces
sur la route de Samarcande
et on comptera les cadavres
le long des villages où j'ai u-
sé mon corps à travailler pour nous

on arrivera sur la place
on trouvera la cache du maire
je lui péterai les phalanges
une à une sous le regard
de sa femme et de son pauvre gosse

on sera heureux pour pas cher
on mettra le feu à Aldi
on confisquera la radio
pour créer l'émission de nuit
ultime qui parle de fuite et

de percussions sous la surface
de volontés endolories
de rêves qui prennent l'eau grasse
de serpents dans le paradis
notre voix prendra le bayou

en otage

quand les centrales péteront
on n'aura plus rien à aimer 
à part nous et ce que le ciel
nous renverra comme à travers
un miroir obscurément fou
un miroir obscurément fou




photographie : © Caroline Berthelot

mercredi 16 avril 2014

Au centre médical et psychologique



il y a cette chanson rassie
sur la pelouse du CMP
c'est le soleil sur les pâquerettes
printemps trois par quatre en sursis

je rentre et on me fait attendre
personne ne sait qui je suis
on ne demande pas mon nom
questionnaire clinique en dix minutes
puis je ressors avec ma femme

et je pense aux fureurs assises
sur du formica délavé
qui attendaient que j'aie parlé
pour pouvoir parler à leur tour

je vois leurs gueules de travers
leurs yeux qui roulent comme des lunes
comme des lampions dans le ciel
le soir de la fête des morts

leur feu contraint par des barrettes
de vingt à cinquante milligrammes
y en a assez pour t'évoquer
les rapines au magasin de bonbons
les poches pleines et l'esprit vide

assez pour que ton âme mette les bouts
vers Oaxaca ou Gijón
sans que personne dans ce monde 
ne vienne réclamer le corps