mardi 4 février 2014

Le parler des vents futurs #




Le vétéran met l'ordinateur en marche. Le vétéran se dit que tout était plus simple avant les années 60. On avait un mur pour couper le monde en deux, et un détonateur de chaque côté. Et puis il y avait eu les viets et le monde s'était changé en guérilla cosmique. Les vagues primitives qui montaient des taillis, l'ichor vibrant des plaques de kérosène sur les marais, les flûtes lointaines du vent entre les yeux des bambous, tout cela avait été débité en octets puis concaténé à nouveau pour rendre à la guerre un visage expressif, pour que la bataille, confuse, sans objet, sans ennemi, fût à nouveau lisible. Les écrans nous donnaient cela qui n'était ni bon ni mauvais, parce qu'il n'y avait plus deux pôles comme autrefois mais une multitude d'étoiles, chacune braquant ses canons vers l'étoile la moins voisine, la moins compréhensible. Activité de la grande raison qui trie sur des serveurs automatisés, la raison qui dit feu ou cessez-le-feu, gaz ou stop. Le vétéran se dit que les nouveaux hélicoptères sont des cristaux, des puces et des pirates à l'assaut du grand corps décomposé du réseau. Une baleine au fond de l'eau, vue de dessus par des touristes. Maintenant il faut se faut se laisser transporter par ce vaisseau fantôme / la possibilité d'un tiers terme / le langage et la mort. Maintenant il faut. Maintenant, dit le vétéran. 




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