samedi 22 juin 2013

mourir/administratif/pub



y a un endroit qui crie 
comme ça
la mort sous les
transformateurs
mégaphone au-des-
sus des rails
je peux enfin me branler
de façon adéquate
de tout
ça doit puer un truc 
ancien
les bonnes vieilles peupleraies
plantées par les agents
qui croient 
que c'est d'eux qu'advint la forêt

Paco du jardin d'insertion
vélo et tronche de mongolien
vient y reposer ses genoux
dans le couchant il est tout nu
il creuse une tombe un abribus
pour quand il pleuvra des missiles

ils ont tous des cutes secrètes
pour planquer les autoradios
la mairie a déployé un communiqué
y a plus que des trous dans la chaussée

au croisement de 
Montbourbier
y a un endroit qui crie
comme ça
le sommeil dans la peupleraie
le train qui fait vibrer ses fils
la grosse taloche du maçon
bouquet de fleurs de Lexomil
après s'être enculés bien sec
entre deux Smirnoff Ice c'est bon


mercredi 12 juin 2013

L'annonce faite à Marie (du bureau en face)


Je crois qu'il va falloir que je déménage ou que je change de boîte aux lettres, car même les lettres de refus d'éditeurs n'arrivent plus jusqu'à chez moi. C'est un constat de double échec que d'échouer à se faire refuser. Et puis, mine de rien, ça bouffe pas mal de timbres et de photocopies. Et puis de toute façon mes troubles de l'humeur font que je ne suis définitivement pas doué pour les pratiques commerciales, sociales et orales. Pour ces dernières, il faut compter en plus les risques de papillomavirus.

C'est à ce titre que j'ai décidé de faire mes bouquins moi-même. 

Paraîtront donc d'ici quelques mois les "Poèmes écrits dans ma voiture" d'Alejandro Lhurba, que j'ai traduits et préfacés tant bien que mal. Une trentaine d'exemplaires, sans fioritures, qui seront en dépôt dans certaine librairie montalbanaise. 

Le projet suivant sera consacré à la mini édition d'un journal que j'ai tenu de 2009 à 2012, et s'appellera Baiser des trous noirs et attendre la fin. Deux exemplaires prévus, un pour l'auteur, l'autre qui sera balancé dans un lac du Tarn, préalablement emballé dans un sac de congélation - à charge pour le lecteur intéressé de le récupérer par ses propres moyens.

Plus d'informations ici, au fur et à mesure que la chose se structurera. 

mardi 4 juin 2013

Prendre langue




Dominique,


Je me suis demandé hier, à cause d'un soleil frais qui s'est abattu entre deux pluies, si la mélancolie ne déployait pas ses ailes comme forme de l'inquiétude tournée vers le passé. Un oiseau qui aurait inversé sa course. J'avais à choisir entre le vol d'un épervier et celui d'un canard, les deux s'étant croisés dans mon champ de vision ; rien ne me décidait. Cela n'est pas clair : entendez que je ne comprends bien ni l'inquiétude ni la mélancolie, mais parfois j'observe que l'une et l'autre me laissent au pied d'un arbre avec la même soif. Je me trouvais dans une serre, mon métier m'obligeait à servir à boire, et pourtant il me semblait que chacun se déshydratait tant et tant. 

Souvent j'ai pensé être un jeune homme rassis avant l'âge, dont l'ambition se construisait par à coups contre l'ambition adverse et contre cela seulement, sans germe positif à faire croître, je veux dire sans germe authentique, qui ne soit pas la conséquence de l'extériorité pure mais la conséquence d'un retour vers soi, un retour dans lequel autre chose (une chose plus belle, cela va de soi) se trouverait. J'ai imaginé de fait, contre le droit, un monde solitaire, un monde dans lequel la solitude serait encore " inférieure au fait de se posséder ", pour reprendre un poème antérieur. 

Un dénuement qui se dirait comme : plus rien que soi, et soi encore, et l'inquiétude, et la mélancolie = choisissez un pôle vers lequel diriger votre expédition, vos armes et vos bagages / les terres vierges d'autrefois sont des imaginaires que l'instantanéité du mal dépasse trop souvent. Nous sommes rassasiés de vérité. 

Quand avons-nous cessé d'être semblables aux premiers hommes, pour qui le langage était comme vous le définissez un outil de relation ? Il me semble que le langage, dont ceux qui écrivent devraient s'emparer comme la dernière légitimité à brandir, un rempart pour l'humanité si vous préférez, est devenu l'instrument de la guerre dont il était sensé nous prémunir. Des mecs sont apparemment payés pour la tâche, et on appelle capitalistiquement ce grand oeuvre le storytelling. Notre boulot sans ses grandes courbures, un truc qui se dédouane du sang et n'exige que l'ossature. 

Par la grâce des choses, être inquiet, cela serait aussi  reconnaître sur soi la possibilité de faire le mal. De le construire. Et alors bâtir une réponse, fut-ce une réponse à la lettre la plus belle du monde (par exemple, la lettre que vous m'adressez - parce que j'estime que répondre à un homme dont on n'a pas touché la main ou fermé les yeux dans son cercueil, c'est déjà franchir une mare où peu se risqueraient), bâtir une réponse exigerait presque par avance le mal et la contradiction. Et je veux que vous compreniez ce dernier terme pour ce qu'il est, à savoir se dire dans l'adversité, peut-être même simplement se dire contre ce qui est autre. Ou bien que vous en fassiez une chose différente, si le cœur toutefois vous en dit. 

Cependant.

Hier, une enfant m'a tendu ses bras. Elle n'avait personne d'autre que moi pour assurer l'interface avec un monde adulte biscornu. Les grands présents se renvoyaient la balle, il n'y avait qu'Al et sa paternité perdue ; un vœu non exaucé en somme, avec sa cohorte d'ancestrales difficultés. Contre mes défenses, j'ai pris la situation banqueroutière comme langage et comme possibilité, j'ai pris la situation comme inquiétude aussi, et la gamine et moi avons construit ensemble un nichoir pour les oiseaux. Je crois qu'elle aussi a pris tout cela pour langage et possibilité, je crois par ailleurs qu'elle a instantanément avisé la chose comme antérieure au langage, ou bien faisant abdiquer toute forme de prédication : l'inquiétude n'a jamais semblé frôler son aile - en réalité, si on veut résumer, c'est la gosse qui a mouché toutes mes peurs d'un coup. Épervier ou canard, ce que nous avons construit est trop petit, cependant la chose s'est faite récipiendaire d'un nid qu'aucune amertume ne saurait souder. La dureté s'est absentée le temps d'une rencontre, le temps d'un élevage mutuel pour ainsi dire. Pourvu que ce genre d'accident rencontre enfin la nécessité qu'il espère. 

Bien à vous,