jeudi 22 août 2013

Mon cri de Tarzan - Derek Munn



Il y a là une parole vieille mais jamais aigrie, jeune mais qui évite les revers pénibles de l'insolence. Il y a là comme une forme de pureté qui devient si rare qu'on en viendrait à vouloir la garder près de son cœur en mémoire de tout ce qui nous a échappé jusqu'alors - et je parle précisément de beauté. 
De la même voix viennent les mêmes auspices ; la délicatesse - qui n'est pas réductible à la finesse psychologique des personnages, puisque ceux dont nous sommes en présence ici sont comme autant de terrains vagues qui s'emploieraient eux-mêmes à leur défrichage - la délicatesse de Munn est un jour qu'on souhaiterait voir se lever sur nombre de romans. Las, Mon cri de Tarzan est passé quasi inaperçu. Faudrait-il passer au-delà du titre, suffisant, insuffisant, parfaitement adéquat ? Je ne sais pas. 

La virginité choisie de Munn face à la langue, consciente de ses déterminismes et de son imperfection, cette virginité est aussi celle du personnage central du roman, qui décide de filmer son ignorance de l'Afrique, et réalise un film culte à son corps défendant. Dans les fortunes et infortunes de son projet, il garde quelque chose en lui, une sorte de volonté farouche de ne pas nuire, de ne pas piétiner, quand bien même une tribu de rebelles le ferait prisonnier. Quid du cri, dans ces conditions ? Serait-ce d'abord une retenue, un silence construit patiemment, à l'image de cette prison de planches dans laquelle le destin du réalisateur et de son oeuvre vont se jouer ? Munn va nous laisser y penser par nous-même, l'écrivain doublant alors parfaitement son personnage, à la fois précis et peu interventionniste, ferme dans ses choix et libre face à la vie propre de sa création.

Cette possibilité et nécessité de laisser-aller, on la doit également dans le récit à la présence d'une femme, prisonnière comme le réalisateur pour des motifs flous, une femme qui va devenir à la fois l'objet du film qui se tourne, mais plus encore son sujet, infusant la bobine de sa présence radicale et inatteignable, mystère au-delà du mystère initial que l'Afrique constitue pour le protagoniste.

De toutes les terres pures, impures ou fantasmées, Munn a choisi la langue française pour poser ses bagages. Bien lui en a pris, lui l'anglophone, puisqu'il a  su ainsi faire de sa parole une caméra opérationnelle pour parler de l'homme, une sagaie authentique à enfoncer dans le verbe. 

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