mardi 16 juillet 2013

"Mon corps se trouve en secteur 3, pavillon D" (carnets du docteur Dufang)



La demi-vie plasmatique est une notion devenue obsolète avec l'héxène, qui ne requiert absolument aucune relation avec le sujet compris comme corps. L'idée de base : trouver le composant qui marquerait la séparation entre soma et anima de sorte que son isolation puisse résulter en une culture de masse, comme la tulipe hollandaise. Je garde depuis peu, pour donner de la puissance à toutes mes tentatives d'excarnation, un carnet à côté du lit. J'y note mes cauchemars. Le dernier était une sorte d'essai cinématographique pénible. Un frère et une sœur, en larmes,  se réconfortaient et se reprochaient en même temps un meurtre qui venait d'être commis / lenteur du soir dans des palmiers californiens bouffés par un agrégat de maladies vénériennes / une voiture de flic remontait l'allée jusqu'à la villa = il fallait faire quelque chose. 

La nature étrange de l'affection que je les voyais se vouer l'un à l'autre me faisait penser à une pâte de chair dans un pétrin ancien. La scène était entrecoupée de visions de corps maltraités, dont les membres s'interpénétraient sans fin. Des queues et des vagins cramés sous la torture, des tuyaux branchés sur des anus violentés mille fois par des machinistes consciencieux. A la fin, une bande vidéo sale venait confirmer la réalité du meurtre. Entre les zébrures, on voyait le frère doigter frénétiquement une femme accroupie dans un coin de la pièce, puis il la traînait sur le balcon bleu ciel  avant de lui taper la gorge contre la rambarde d'un geste sec. La gorge s'ouvrait en même temps que les yeux de la femme, avec une délicatesse épiphylle, comme si son esprit et son corps sortaient d'un même coup du rêve (alors que, nous le savons, ce n'est jamais tout à fait cela qui se produit). 

La lumière bleu flic, j'y ai repensé en prenant la rocade pour retrouver l'hôtel. Je roulais, le Christ à ma droite sur la colline. Voie vers le ciel entre les interstices d'un store gras. Aujourd'hui, la patiente _ (la rousse) a dit "141 paragraphes qui me prendront ma vie". Je ne sais pas si elle parlait de son travail d'écrivain, qu'elle a mis de côté pour se porter volontaire à la Tour, et je ne sais pas plus si elle entendait que ces paragraphes prendraient un temps donné de son existence (celui qui reste entre maintenant et la date de sa mort), ou bien s'ils lui arracheraient son secret d'un coup. Les deux, probablement. Des gosses m'ont hué du côté de Powder Hill, quand je leur ai dit que je ne retrouvais plus mon chemin. Saloperie de gosses, toujours en avance sur la recherche.

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