mardi 9 juillet 2013

Battre le corps - Dominique Boudou



En traduisant Lhurba, je me suis souvent dit que je voulais voir ma poésie, sinon celle des autres, se terrer dans une hutte au fond de laquelle on ne trouverait plus que quelques mots : nuit, vent, bleu ou vert. Travail d'élagage, défi lancé entre ouvriers depuis l'échafaudage, entre condamnés depuis l'échafaud. La poésie de Boudou tape droit au cœur, pas simplement le cœur de celui en moi qui lit, mais elle tape aussi droit au cœur de celui en moi qui écrit, parce qu'elle parvient à cette clarté première et dernière du travail de création : faire monde autour d'une poignée toujours plus réduite de mots.

Pain lait peau visage neige

Le langage de Boudou épouse son objet (son sujet, devrais-je dire) avec une ardeur inquiète, dévisage l'être inondé de nuit qui se cache dans l'auteur, et accueille avec peu de moyens mais une grande puissance de vérité cet autre qui fait silence dans une maladie du silence. 

" Et si le mal en toi
Avait commencé avant toi
Logé déjà au sein de ta mère et de sa mère
Quand elles avaient dix ans
Et que les mots leur manquaient
Pour dire le vertige de la neige
Même leurs mains
Ne savaient pas parler "

C'est un livre qui, une fois terminé, s'est caché dans mon placard secret avec les autres choses d'importance. Nul doute que j'y reviendrai dans les moments de malaise, quand mes propres mots seront insuffisants à faire cravacher les ombres.



Battre le corps, Dominique Boudou, aux éditions Le Nouvel Athanor, préface de Jean-Luc Maxence.
Dominique Boudou tient toujours son blog à cet endroit.
La photo a été piquée sur le blog de Jean-Baptiste Pedini. Merci !


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