dimanche 5 mai 2013

Le parler des vents futurs - Corolle #2

Se lever la nuit parce qu'on a soif. Se lever la nuit parce qu'on est alcoolique. Je bois, j'écris. J'ai emménagé au quatrième uniquement pour être près du flic qui me pistait. Des lumières allumées pour éclairer le manque. Tuer le keuf, le faire tousser avant, épingler sa photo dans les chiottes, lui demander d'arrêter. Mitchell est mort.

Puis : autre segment de vie. Les disques que j'avais l'habitude d'écouter sont devenus caducs, ils ont fondu comme des crêpes de sarrasin au-dessus du soleil. L'implant toujours, appuyer un ou deux mégots sur la peau. J'habite près de la voie ferrée. Se lever la nuit pour être acclamé par la critique. J'habite là où c'est beau, plus là où c'est dangereux. Nuit de biture. Se lever et voir l’œil unique du lampadaire comme une jolie mandarine. Etre sauvé, faire la bise à Jésus.

Etre sauvé à quatre heures du matin avec la laisse du chien autour du con, autour du cou. Je me suis installé ici pour entendre tous les accidents de la route, pour apprivoiser le déraillement des trains. Trembler dans la couverture de l'agent quand on me pose des questions. 1001 techniques de psychiatrie qui marcheront plus pour moi. 

Lamb a lévité au-dessus d'un écran d'après-guerre. Une fois acquise la certitude qu'il était un enfant virus, il s'est contenté  de nommer le monde avec une petite cuillère et un bloc de pierre. Au faîte d'une journée vieille comme l'espérance, ses parents l'ont cloîtré dans une piaule à barreaux, l'ancienne buanderie. Le bloc était devenu un animal, Lamb rêvait qu'il étranglait un lynx dans une clairière d'automne. Ce n'était pas un combat : le lynx s'approchait, il n'attaquait pas, Lamb respirait l'odeur du velours entre les pattes de la bête et les feuilles tombées au sol. La bête donnait son cou, l'enfant appuyait de toutes ses forces sur un point perdu dans les poils gigantesques, et un sentiment de tristesse définitive, un sentiment de perdition qu'aucun soleil n'abolirait jamais, ce sentiment lui remplissait la cage thoracique comme un gaz. 

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