samedi 4 mai 2013

Le parler des vents futurs - Appendice à l'abduction de l'auteur mort

En 2000 et des poussières, à la sortie de la morgue, j'ai récupéré la couverture d'un agent. Le premier qui m'ait reconnu. J'ai récupéré un couteau, un briquet hors d'usage, et la couverture grise dans laquelle il est mort. Mon père avait le projet fou, démesuré, de m'emmener faire du camping en montagne. Mon père avait le projet de me conduire en jeep dans le désert. Mon père avait compris quel sous-homme j'étais : à peine formé le projet de m'éduquer, il révisa ses plans, y décelant une intention stupide, portée par la douleur de voir le même et l'autre que lui s'échapper dans un seul saut de carpe. Nous nous sommes haïs avec tout l'amour possible, on ne reviendra pas dessus, l'eau retourne à l'eau. 

J'ai récupéré la couverture d'un autre père, le vrai, l'agent chargé d'affaires, l'agent du langage fou dans la noirceur du monde, celui qui m'a reconnu, qui m'a assis à sa table et m'a lavé les pieds. 

Jose Gomez-Zurita est mort du cancer en moins de deux mois. Aucun de ses livres ne sera jamais publié, parce qu'il a enfanté une portée d'idiots qui se sont tiré les cheveux autour de sa tombe. Jose a manqué à ses devoirs, il n'est pas parvenu à créer une osmose en vertu de laquelle la paix aurait été possible. Animaux en guet entre les branches. Quand il voulait me parler de la marche de l'humanité, Jose convoquait l'intérieur de la terre, la foi aveugle en l'instinct animal, les colonies cachées entre les murs. Quand il voulait me parler  de la marche de l'humanité, Jose dessinait sur la table la lutte fratricide entre deux scarabées. Je n'ai jamais pu écouter ; je suis devenu cet ivrogne qui se bat avec des chaises. 


3 commentaires:

  1. Très beau texte, Aurélien.
    Tu parles les mots comme un jongleur et ses balles, un équilibriste sur son fil, le murmure est à la fois doux et acerbe, et se distille agréablement dans le crâne, ça pétille...

    C'est de mieux en mieux...

    RépondreSupprimer