mardi 7 mai 2013

Le parler des vents futurs #6

On met le père Verrat dans une barque, plus loin c'est Avalon on lui dit, la vérité terreuse pleine de poussins visionnaires, on va t'ouvrir les mirettes. Mitchell et la bande en 1967, une escouade de gosses tristes qui devisent en attendant la fin du monde. La ville est encore pluie, on n'a pas abattu le pont ni les remparts, il reste une odeur de suée et de butane entre les pierres roses. Des degrés infinis conduisent au bord du fleuve, on passe une ancienne poterne en bavardant. Celui de la bande qui a vu une silhouette phosphorescente dans son placard quand il était enfant n'a pas envie de blaguer. Il s'oppose à ce qu'on va faire au père Verrat, pressent que ça va être terrible, rien n'y fait. Le vieux a été ligoté, Mitchell lui colle un entonnoir dans la bouche et verse un litre de rhum. Tout est dans la question des fleurs, seront-elles ouvertes ou fermées, l'eau inverse-t-elle sa course quand tu approches de l'île, voilà ce qu'il va te falloir garder à l'esprit, le vieux. 

Un rituel mâle élaboré dans les laboratoires du docteur Dufang à partir d'un germe de peste : battre la viande saoule, puis la jeter au fleuve. Le rituel mâle ne vaut rien si on ne le relie pas, à partir du métier en bois, aux symboles appropriés, constellations invisibles, bouffées chevaleresques de drogue, lupins tordus dans le couchant. Une héraldique de la douleur qui a ses intuitions bien ordonnées comme une table de chirurgie. Empalements. J'ai été appuyer ma bouche contre les murs anciens avant la chute de la ville, j'y ai senti les couleuvres et l'esprit nu des eaux, c'était blanc comme l’œil du chien qui perd la vue. Depuis les crèmes et les spirales des catacombes, la nuit advint au jour, le jour lui rendit la pareille, majorée d'une taxe : rien ne dormirait jamais qui ne sut bien parler d'abord, rien ne reviendrait à l'eau que l'intention pure, limée, d'un oiseau exposé aux vapeurs des volcans.

Le père Verrat descend le fleuve en beuglant tandis que Mitchell et les autres se tapent sur les cuisses, même celui qui avait peur d'abord. Le rituel mâle a cela de bon qu'il se communique, qu'il enlève au couteau tout ce qui n'est pas immédiatement utile. Piété, frayeur, compassion, on peut tout laver et tout entreprendre, on peut tout lisser sous le colza des soleils d'août.

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