lundi 6 mai 2013

Eléments pour une arcologie de l'exil


J'ai passé l'éternité réversée, j'entends par là les éons qui venaient avant, j'ai passé l'éternité réversée à chercher ma voix, à chercher ma matière. J'ai tapé à des portes et on m'a dit non. L'impatience terrible d'être soi. J'ai tapé à des portes, des foyers occupés par des voix ridicules, des grondements anciens, des moqueries de paon. Des guides progressent à travers la forêt antédiluvienne. Des guides et des soldats qui n'ont plus de boussole. Une pyramide est au milieu, dont je ne cesse jamais de faire le tour. Dérouler dans la voiture les bandes magnétiques à vitesse rapide. La jungle est circulaire, on n'y entend que ses pas. S’asseoir et puis dire à voix haute dans le silence du bureau : cette fois ce sera la cure ou la mort. S'asseoir se regarder comme un film ne plus emprunter l'honnêteté des autres pour ramasser les fils.  Voir ses mains qui vieillissent, chercher sa voix. Le matin est toujours blanc pour qui s'y prête avec la naïveté nécessaire, avec la gravité des braises au fond des poches. Tirer tout : les filets, les visages en décomposition, les marrons du feu ; s'arrimer. Demander au vide de devenir le compartiment des heures à venir, prendre son billet, s'oublier entre les portes. Passager tu ne te verras plus jamais par la vitre. Avancer botté, môme hululant à l'aube dans un marécage. 

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