vendredi 3 mai 2013

Corolle #1 - Tout confondre d'abord


J'ai été obligé de tout confondre au regard d'une mystique nouvelle. Dieu est un papa qui laisse ses gosses dans la voiture un jour de canicule. La foi, c'est penser qu'il ne nous a pas oubliés, la foi c'est papa qui ramène un cornet surprise du supermarché, mais la température monte, il y a la queue à la caisse et on finit à la rubrique des faits divers. Tout confondre. Dieu fait ses courses, la queue s'allonge, et le droit à la différence ressemble farouchement à la figure porno de l'interracial : une queue noire dans un cul blanc, ou l'inverse. Tant qu'il y a des peaux différentes, on y voit clair, on est content. C'est une différence qui part du même, un néon, une bite, une caméra au poignet qui dit quel trou quelle main quelle bouche. Une différence qui se dicte, ce n'est jamais que du même déguisé. La couleur de l'uniforme ne distingue plus les armées. Tous avec le même treillis dans la même jungle. Le réseau aime le même, il lui a juste chipé un bout d'accent pour avoir l'air d'infuser de la différence. Mème. 

Culture underground pour les masses, jungle circulaire où tout se recoupe sans cesse, napalm, rock qui fait le tapin, agent orange pour le cerveau, c'est ça la clé du succès. Tout confondre, tout brûler. Avoir l'air sale en étant propre, puis inversement, jouer sur le noir et le blanc, lutter pour l'impunité. On a tous généré de l'immunité diplomatique pour ceux qui nous volent nos corps. Notre besoin d'immunité nourrit le leur. Voter avec un flingue ou un bidon d'essence devant Pôle Emploi. Sur-cultivés, on ne peut plus tuer, les commandements, la loi, l'Internationale, tout cela nous tient, alors on retourne le canon contre soi. L'usine était sympa, on était entre camarades. On pensait pas à regarder dedans, dans le fond, derrière les lèvres, dans le silence de la gorge, là où la vraie révolution sociale devait se livrer. On s'est fait avoir, on remet le couvert. Des gosses remontent une communauté hippie et se réclament de Marcuse. Ce sera parfait jusqu'au jour où on leur réinjectera un peu de même dans le bec, la nana de l'un ira fricoter avec le mec de l'autre, ça pétera comme n'importe quoi avant. On fait pas perdre le goût du sang à une bête en lui limant les dents. 

L'homme pense qu'il a de bonnes raisons de rester sur terre et qu'il y parviendra en se fuyant encore. Système niqué : tout se recoupe, le réseau est un miroir, on ne peut pas échapper à soi. Lamb ne marchait pas dans les rues à la fin du monde, il glissait à leur surface comme une larme de salade sur le sac du marché. Tout confondre d'abord : Lamb est parti en voiture, Lamb a écrit dans sa voiture, perdu dans des pensées torrentielles que rien ne distinguait sur le fond couleur mort, perdu dans sa brûlure et la brûlure des autres. J'ai mal parce que tout le monde a mal. Ma plaie sur le réseau. Le chien en moi qui veut vous plaire.

Tous les jours que Dieu ne fait pas, parce qu'il est au supermarché, je tiens le compte des tombés au combat. Abonnement au fil d'actualités d'un moteur herculéen qui retourne la terre sans penser aux détails, sans penser à la microscopique étoile que nous brodons chacun au revers de nos yeux, je me branche pour rester en touche avec la parole de ceux qui disparaissent. Chaque encoche sous le bureau est une tentative pour comprendre ce que personne ne veut comprendre. Dans quelques mois, qui pensera à la vieille chinoise qui s'est foutue par la fenêtre parce qu'on voulait la reconduire à la frontière ? Vingt ans de ménage dans des boîtes de merde tenues par des escrocs pour finir entre deux poubelles. La retraite des morts. Je pense à elle avec égoïsme et inquiétude, pour penser à nouveau à moi. Tout confondre. Je ne suis pas foutu de décrocher un téléphone pour entendre la voix de ceux qui existent. 

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