lundi 4 février 2013

Overdog (Brille#2)

Je serre les dents à cause de la came dans la voiture. Je ris seul, et tremble comme une feuille sans songer à monter le chauffage. Au kilomètre 201, il y a le soleil, une petite langue en pelote roulante humide chaude sur ma joue. Puis il repart au fond des arbres, et je me remets à trembler. Julius m'a gentiment dit que j'étais trop fragile quand je lui ai demandé de m'approvisionner en quantité. La différence entre un ami et un fourgue tient à ce genre de délicatesse. Ils ont fait des tests à la télé. Des mecs propres sur eux, artistes installés, sont passés dans un scanner après avoir gobé un cachet. Les zones du cerveau concernées se sont affichées sur l'écran. Rouges et vertes comme les anticyclones du bulletin météo. Ensuite les médecins ont tressé les visions racontées par les volontaires jusqu'à ce qu'elles deviennent des statistiques exploitables. C'est-à-dire binaires, en apparence. Un troisième terme est caché - le liant ou bien langage - personne ne s'en souciera si je ne m'en soucie pas. Le rouleau contenant les données est gardé avec autant de jalousie que n'importe quel truc pillé en terre étrangère. Des graines de Howard Carter conduisent les expériences, ils descendent dans ton cerveau avec des torches folles pour troubler l'eau de ton sommeil. Ils te dépouillent, puis te rendent un petit morceau de ce que tu étais en te laissant penser que c'est un cadeau. Souriez. Le produit est un dérivé de l'amphétamine - nom de code "Tlaloc" - les vieilles recettes sont les meilleures. Les arbres reculent, ce n'est pas moi qui avance. J'ai mal à la mâchoire. Je ne pense pas qu'ils vont le mettre en vente. En le maintenant au marché noir, ils gagnent sur tous les tableaux. Tous les troublés de l'humeur éjectés des consultations vont finir par s'étriper pour en avoir un bout. Dont moi. On y est, je ne sens plus mes jambes. L'accélérateur est vissé sous mon pied, et un dieu montre sa face ruisselante au-dessus des collines. Je fonce à l'envers. J'enfonce. Paix.

2 commentaires:

  1. J'aime beaucoup celui-ci.

    (je ne peux donc que t'encourager à continuer!)

    "Les arbres reculent, ce n'est pas moi qui avance."
    Particulièrement cette phrase.

    Ça donne envie d'en lire plus.

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  2. Merci Cléa. Je ne sais pas si ce texte a vocation à avoir une suite. Peut-être s'insèrera-t-il dans quelque chose de plus grand à un moment ou un autre.

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